Paroles de Tisserands

Le tissage au Mali

Selon certaines thèses, le métier à tisser aurait été inventé plus ou moins simultanément dans plusieurs endroits de la planète. L’un de ces centres de création serait le Mali. Dès le XIe siècle, le tissage du coton était développé chez les Tellems (habitants des falaises avant les Dogons).

Au Mali, le travail du tissage est habituellement réservé aux hommes. Il se pratique sous un arbre dans la rue ou dans un « vestibule ». À l’origine, le tissage était principalement l’œuvre des Peuls Maabube.

Le tissu est parole

Dans la mythologie Dogon, le 7e ancêtre se métamorphose en métier à tisser pour communiquer la parole aux hommes. L’ancêtre se sert de sa bouche pour cracher 80 fils de coton. Par le mouvement de va-et-vient de sa mâchoire, ouverte et refermée tour à tour, l’ancêtre recrée le mouvement des lisses du métier.
Ainsi, le 7e ancêtre parle tout en tissant. C’est pourquoi, dans la langue Dogon, le mot tissu veut dire « c’est la parole ». Être nu, c’est « être sans paroles ». Porter une tunique tissée en bandes de coton, c’est se couvrir des paroles du 7e ancêtre.

Ce même rapprochement entre « tissu » et « parole » existe aussi dans la langue française puisque les mots « texte » et « textile » ont la même racine.

Le Kerka, tissage prestigieux du Mali

Le Kerka est une moustiquaire offerte à la mariée peule par sa mère. Il était accroché au lit nuptial et faisait partie du trousseau de la mariée. Le Kerka est une longue couverture en laine ou en mélange laine-coton, très colorée. Elle protège du froid.
Traditionnellement, quand la mère passait commande d’un kerka, le tisserand s’installait chez elle pour tisser. Cela pouvait prendre une année, pendant laquelle il était logé et nourri par la famille. On prenait bien soin de lui et l’on veillait à ce qu’il ne manque de rien pour que le tissage soit unique.
Au moment du mariage, tout le monde admirait le Kerka. Le paiement du tisserand se faisait par des offrandes de vaches et de moutons. On dit que le kerka n’a pas de prix, il ne s’évalue pas.
Le tissage au Mali est encore très vivant et très varié, même s’il est en péril. Autrefois, les femmes filaient le coton ou la laine à la main ; de plus en plus, le fil industriel, qui est cher, s’impose au tisserand.